• equiyinequiyang

~ STAGE ENFANTS Juillet 2020 ~

Le compte-rendu ci-dessous a été rédigé pour être envoyé aux parents après le stage. Ils ont accepté que je le partage sur mon blog sous couvert d'anonymat des enfants ;)



1ère journée :

¯ Au programme le matin :


Réunion en salle pour un cours quelque peu atypique. Je leur demande de trouver quelle est l’activité principale ici, quelque soit le moment partagé avec les chevaux. On cherche, on formule des phrases, et on fait un pendu pour résumer tout ça en un mot… « R E L A T I O N ».

Ensuite, chacun choisit une couleur et donne un mot de ce que lui évoque la relation. Je les guide parfois pour trouver comment résumer une sensation ou une phrase en un mot, à l’aide du pendu.

Puis chacun utilise les mots pour formuler une phrase représentant la relation à leurs yeux.

On voit que les mots les plus compliqués à trouver, outre le mot « relation », étaient le « respect » et « l’affirmation ». Les mots « colère », « s’énerver », « s’imposer » ressortaient souvent, mais ils ont eu une difficulté à formuler le fait de « poser leurs limites » sans s’énerver ou se mettre en colère, ce qu’on a nommé « l’affirmation » et le « respect ».


Ensuite, un petit point sur comment les émotions sont perçues dans notre société humaine (selon les enfants, c'est eux qui donnent leur perception du monde). On voit que, pour les enfants, dans la société humaine, les émotions riment avec « s’isoler », « punition », « maîtriser », « créer du lien » (quand il s’agit d’émotions positives comme la joie), « cacher/prendre sur soi ».

Puis je les guide pour savoir comment les émotions sont gérées dans les "sociétés équines" et à quoi elles servent... « Exprimer, sortir, montrer » « informer » « protéger »… Et j'arrête quand ils en ont marre donc le tableau est bien sûr incomplet…


Enfin, on met le nez dehors : un peu d’éthologie sur le terrain avec le harem : c’est quoi un groupe social, un étalon et ses juments, le comportement du cheval, le confort dans le mouvement, et les signaux qu’il utilise pour communiquer. Puis on met en pratique avec l’approche de Tae T’zou, l’étalon : être clair dans son intention de l’approcher et lire les signaux qu’il envoie pour poser les limites de son espace vital. « Toquer à la porte et rester sur le seuil ». Puis entrer en relation par le mouvement avec du guidage par l’arrière, ou lui demander de nous faire face, et aller jusqu’à le caresser à l’épaule et lui mettre la longe autour de l’encolure pour marcher quelques pas avec lui… Avec son accord !

En carrière, chacun son poney et on met en pratique dans l’exercice du mener sur la piste (marcher côte à côte) …

On profite de la pause du midi, où les enfants se rapprochent et jouent ensemble ou se disputent pour mettre en application entre eux ce que les chevaux leur ont appris en carrière…

L’après-midi, on entre dans la relation montée. On travaille surtout sur la posture pour accompagner le cheval dans le mouvement et la direction, s’arrêter sur la piste, en padd de monte à cru et licol plat…

Et on finit en faisant plaisir aux poneys et aux élèves : aller brouter et tremper les pieds dans la rivière !

2ème journée :

Le 2ème jour, on commence avec le deuxième point en salle. Je leur demande s’ils ont réussi, selon eux, à entrer en relation le 1er jour, si l’objectif était atteint. Pour tout le monde ce fût un « oui ».

On réunit ensuite tous les mots-clés de la veille qu’ils ont utilisé pour définir la relation, et pour chaque mot, intuitivement, ils devaient écrire si « oui » ou « non » ils ont investi ces mots la veille et donner un exemple de situation. Et cela a donné la couleur de la relation qu’ils ont établi.


En vert : les mots qui ont été investis la veille, en rouge : ceux qui n’ont pas été investis (selon les enfants)


Nous sommes allés voir du côté des mots qui n’avaient pas été investis pour réfléchir au sens que chacun leur donne.

Je retiendrais la discussion sur le mot « se ressourcer » qui a été très intéressante.

Chacun avait une manière différente de se ressourcer.

Pour C., ça veut dire « apprendre des trucs ». Laisser l’imaginaire et le mental aller bon train, même si elle peut rester longtemps allongée dans son lit à regarder le plafond, elle aime penser. Pour L., qui aime aussi s’allonger à ne rien faire, c’est couper le mental. Arrêter de penser, simplement écouter et ressentir, faire des câlins.

Pour E., c’est le mouvement. Il n’aime pas rester à ne rien faire. Enfin si, il aime bien dans l’herbe et dehors, car il y a de la vie et du mouvement : les insectes, les nuages, le ciel, les oiseaux,… Et de la beauté. Il aime bien ressentir la beauté aussi.

On a conclu cette matinée là-dessus : chacun ne met pas la même définition derrière des mots, chacun a une manière différente de vivre la relation et de se ressourcer.

Comme il faisait chaud, on a commencé par monter à cheval le matin. En début d’après-midi, avec la chaleur, c’était compliqué. J’ai essayé de leur apprendre l’exercice du cercle mais les chevaux ne bougeaient pas, les enfants n’y mettaient aucune énergie. On entendait les mouches voler ! Ils s’appliquaient sur la gestuelle mais c’était « vide à l’intérieur ». C’est comme ouvrir le robinet ou la vanne alors qu’il n’y a pas d’eau ! Je me suis agacée et j’ai perdu patience. Voyant que ça ne fonctionnait pas, j’ai mis les poneys en liberté, et j’ai demandé aux enfants de les faire bouger en utilisant leur corps et leurs intentions corporelles. Il fallait courir, taper du pied, s’investir,… ! Au début, ils étaient tout essoufflés. Et ils ont fini par comprendre que s’ils mettaient une intention, une seule, dans leur corps en allant au bout de cette idée, alors ils pouvaient mettre le cheval en mouvement en liberté sans se fatiguer.

Ensuite, on a repris l’exercice du cercle et cette fois, ça a marché. Ils ont compris qu’ils avaient besoin de matière, et cette matière c’est « le mouvement ». La technique ne sert à rien tant qu’ils n’ont pas l’intention, dans leur corps, du mouvement. L’impulsion quoi, si des cavaliers passent par là !

Sur cet après-midi compliqué, où certains ont pleuré, ont perdu patience, se sont énervés, on a pris le temps de remettre de la confiance pendant le goûter. Je leur ai expliqué que, quand je perds patience, c’est que je suis frustrée de ne pas réussir à les emmener là où j’aimerais, que je suis dans l’impuissance, et que cela n’a rien à voir avec eux. Que, dans ces cas-là, le challenge pour l’enseignante est de rétablir le plaisir et l’envie, de faire différemment et ne pas s’entêter dans une technique qui ne fonctionne pas. C’est ce que j’ai fait sur un « coup de génie en colère » avec l’exercice en liberté, ils m’ont dit qu’ils ont adoré cet exercice ! Je leur ai dit que je devais encore m’entraîner pour m’adapter en gardant le plaisir enjoué et sans perdre patience, et que s’ils avaient des suggestions, elles sont les bienvenues !

Ils ont compris l’enjeux du stage sur la relation et comprendre les émotions et leurs messages. Ils s’affirment plus, osent vivre leurs émotions (la colère ou la tristesse tout comme la joie et l’euphorie) pour ensuite analyser ce qu’il se passe et dénouer une situation. Par conséquent, ils prennent plus facilement du recul par rapport à mes propres pertes de patience… Et s’affirment un peu plus face aux parents… Oups !!!!!

Je leur ai expliqué plusieurs fois que les émotions, c’est comme une boule d’énergie. Prenons la colère par exemple. Cette boule d’énergie, au début, elle vient de l’intérieur et elle sort toute seule, en explosant autour de soi et en faisant des dégâts.

Si on choisit de la laisser à l’intérieur, sous cadenas, de ne pas la laisser sortir, elle fait quand même des dégâts… Et oui, une boule d’énergie, ça brûle !!

On peut aussi choisir de s’isoler pour la laisser sortir sans faire de dégâts. Et on peut aussi la laisser sortir pour essayer de la prendre dans ses mains, de la regarder : voir la couleur, ses mouvements, la manipuler, la modeler… A un moment ou à un autre, oups elle nous échappe et ça explose. Avec un peu d’entrainement, on arrive à s’isoler juste avant l’explosion pour préserver l’environnement… Mais à chaque fois qu’on s’autorise à la laisser sortir en cherchant à l’apprivoiser et la modeler, alors on s’autorise à s’entrainer, pour la canaliser plus longtemps la prochaine fois, et la fois d’après plus longtemps,… Jusqu’à ce qu’on la connaisse par cœur, ses couleurs, ses formes, et qu’on comprenne le message caché derrière. Ce qui peut expliquer les comportements plus affirmés à la maison, qui ne devraient pas durer, si les enfants en parlent derrière pour comprendre pourquoi ils ressentent le besoin de s’affirmer, quel est le message derrière.

3ème journée :

Je pense qu’il est enfin temps de répondre à cette fameuse question, que je pose à 2 de ces élèves depuis 6 mois : pourquoi les chevaux ? Pourquoi pas la natation ou l’accrobranche ?

Lors des 2 premiers jours, nous avons créé du lien, nous avons appris à nous connaitre, nous nous sommes vus dans tous nos états, dans nos faiblesses comme dans nos forces. Je pense que là, c’est bon : les masques, on les a envoyés valdinguer. Les faux semblants, c’est fini. 3ème jour : on ouvre les cœurs.

Pour ce moment solennel, j’ai commencé la journée au pied du chêne et des rochers, en haut du grand pré, à l’ombre… J’avais réfléchi la veille à comment les emmener plus en profondeur pour qu’ils trouvent la réponse à cette question. Ils avaient déjà formulés « parce que j’aime les chevaux, ils sont vivants donc ils ressentent des émotions,… » mais c’était vague. L’une aime les câlins et la proximité avec les animaux, mais ce n’est pas ce que les deux autres semblent chercher.

J’ai commencé par leur poser des questions simples. En un ou deux mots, comment ils se définissent les uns les autres. « Energiques, sympa, cool… » ils ont mis un temps fou pour trouver des adjectifs aussi simples ! Mais le processus est en route. Je les emmène doucement vers l’imaginaire de l’enfance, là où tout est possible, là où ils ont leur héros secret, la meilleure version d’eux-mêmes. Je les laisse se lever, bouger, jouer avec les pierres et la mousse, se dissiper et vivre cet échange de manière interactive. S’ils ne sont pas concentrés, c’est qu’ils ont besoin de bouger, de jouer avec la terre et les pierres et l’herbe pour se connecter au monde imaginaire. L’enseignante en moi a pris sur soi ! Je répétais calmement (le plus possible) s’ils loupaient une phrase. En utilisant la puissance des personnages, C. devient « la Lionne », E. devient « Le Guerrier », et L. « La Fée ». Ensuite, chacun énonce ce que ces personnages lui évoquent. La lionne : châsser mais aussi protéger. Protéger la famille, vivre en groupe. Le guerrier : le mouvement, l’agilité, le chevalier, générosité, porter secours.

La fée : débloque les situations, l’ingéniosité, la gentillesse, la bonne humeur, l’espoir. Chacun est enchanté et trouve que ça lui correspond, mais « le guerrier » est songeur… Il dit timidement « j’aime bien aussi le lion ». Je lui demande pourquoi, il me dit « parce que j’ai souvent la flemme et je suis souvent fatigué ».

Alors on va explorer les autres aspects de sa vie : au foot, il est attaquant par exemple. Tout tend à montrer que sa nature est celle du mouvement, de l’agilité. Mais dans le monde actuel (rester assis à l’école par exemple,…) c’est compliqué d’exprimer cette nature du feu. Alors la flemme et la fatigue, c’est peut-être juste une adaptation… Un mécanisme de protection… ? En tout cas, ça lui a beaucoup parlé…

Ensuite, je leur ai demandé dans quelles situations du stage ils avaient l’impression de ne plus être dans leur rôle de lionne, guerrier ou fée.

« Quand on perd patience, qu’on s’énerve, qu’on pleure…. » Alors on est allé investir ces situations et la signification derrière les émotions.

« La lionne » dit qu’elle n’arrive pas à ressentir, elle est très dans le mental. Et pourtant, elle a énormément d’appréhensions et de peurs qui la bloquent et la font pleurer face au cheval. Je lui ai appris que le message derrière la peur, c’est l’intuition. L’intuition qui frappe très fort à la porte et se manifeste sous forme de peur… Si elle écoute cette peur et réagit en fonction d’elle, elle pourra se reconnecter à ses ressentis.

Pour la colère, le message caché est la protection. Peur et colère = intuition et protection. Si on les écoute, alors on se rend compte qu’on est dans une situation qu’on ne maîtrise pas, où on se met en danger, que le pas à franchir est trop grand d’un coup, et qu’il y a une décision à prendre pour s’ajuster. S’ajuster à soi. Dépasser ses limites, ce n’est pas sauter dans le vide. C’est prendre le temps de rebrousser ses manches, apprendre comment construire un pont, trouver les ingrédients, les assembler, puis traverser le pont…

Pendant le stage, je n’ai pas forcément été tendre et réconfortante quand ils pleuraient. J’espère ne pas avoir été trop dure ou distante. Je les ai poussés à prendre une décision à chaque fois, à ne pas rester dans leurs émotions, à retrouver leur intégrité. Voici un exemple de ces décisions :

« Je n’ai plus envie, je suis fatiguée, j’ai peur, j’ai juste envie de pouvoir regarder les autres ».

(Pour « la lionne », quand je lui ai dit qu’elle avait ce droit LEGITIME, les pleurs se sont arrêtés et un énorme soupir est sorti… ! Elle s’était enfermée dans les pleurs au milieu de la carrière, impossible à dialoguer et à explorer, elle subissait totalement la situation. Je ne l’ai pas prise dans mes bras, mais je l’ai mise dehors en conciliant fermeté et douceur, en lui disant qu’elle devait prendre une décision sur ce qu’elle voulait faire pour aller mieux là maintenant : faire un tour, mettre la tête sous l’eau, s’asseoir dans l’herbe, regarder les autres, mais qu’elle devait prendre une décision pour sortir de cette emprise, pour retrouver son intégrité !

Quand elle a compris qu’elle n’était pas forcée, qu’elle était actrice de son stage et de ce qu’elle voulait faire, le soulagement est venu immédiatement. Le sourire aussi. Je lui ai expliqué que les adultes ne peuvent pas savoir à la place des enfants de quoi ils ont réellement envie. C’est à eux d’affirmer ce qu’ils ont envie, de l’énoncer clairement, et de voir ensuite si c’est possible ou dans quelle mesure. La confiance est revenue, ouf.

« Là je suis découragé, j’ai faim, je suis fatigué, en colère parce que je n’y arrive pas, je préfère arrêter et essayer plus tard ». (« le guerrier », qui s’entraine à sortir le poney du pré en ouvrant tout seul la barrière, et qui a commencé à taper du pied dans des trucs et à s’énerver et à pleurer. Je l’ai coupé dans son élan de colère pour quelque chose de constructif : qu’est-ce que tu ressens ? Qu’est-ce que tu as envie ? Prends une décision ! On peut recommencer plus tard…

Pour « la fée » qui se décourageait sur la liberté (une fée qui se décourage ?!), la décision aurait été de revenir à quelque chose de plus simple, utiliser un autre outil, changer d’exercice,.. Bref, un petit coup de baguette magique !

Pour clôturer cet échange, je leur ai posé la fameuse question : pourquoi les chevaux ? Je leur ai expliqué que ce n’est pas « un hasard ». Dans l’histoire ou la mythologie, les chevaux sont très présents. Que serait Hercule sans Pégase ? Napoléon sans son cheval blanc ? Alexandre sans Bucéphale ?

A cœur ouvert, ils se sont exprimés sur ce que le cheval leur permet : prouver de quoi ils sont capables, partager leur puissance, et être ce qu’ils n’arrivent pas à être au quotidien ou à l’école, où ils se sentent parfois rabaissés, dénigrés, blessés… Je ne répéterais pas exactement leurs mots, qui m’ont beaucoup émue, car ils me semblent d’une intimité à préserver.

On a fini sur les rêves qu’ils avaient avec les chevaux : pour « le guerrier », se mettre debout sur un cheval ou trotter et galoper dans la nature (pas les deux en même temps). Pour « la lionne », randonner avec un cheval. Pour « la fée », jouer en liberté comme si elle faisait partie du troupeau sauvage…

Les enfants se sont rendus compte que, s’ils osent s’écouter et prendre des décisions par rapport à leurs émotions, alors ils peuvent rester dans leur rôle de lionne, guerrier ou fée sans perdre leur intégrité. Après 1h45 de discussion sous le chêne, nous avons repris les activités avec les poneys en restant dans cette dynamique. Quand ils rencontrent une difficulté, comment s’écouter et trouver les ressources en soi pour la surmonter, et comment s’appuyer sur les qualités de ses compatriotes.

Par exemple, C. était bloquée pour passer la porte du pré avec son poney (Perle) qui s’était pris le pied dans le fil. On a mis la situation sur « pause » avec Perle qui attendait patiemment qu’on trouve la solution. C. a fini par comprendre où je voulais en venir après avoir épuisé toutes les ressources venant d’elle seule. Elle a lancé un appel à l’aide à « la fée » pour qu’elle débloque la situation, et « la fée » a accouru en confiant son cheval « au guerrier » qui a pris sa mission très à cœur : tenir deux poneys en même temps et leur interdire de brouter ou d’aller sur la route ! Un bel exploit du collectif… Un collectif qui s’est donné le nom des « Foal Spirit ».

Le 4ème et 5ème jour, nous avons continué d’explorer les activités avec les poneys et de faire chacun ce dont ils se sentaient capables et ce qu’ils avaient envie, que ce soit sur le dos des poneys ou à pieds. C. a fait ses premiers pas en liberté avec Perle, a trotté et commencé à diriger avec les rênes. E. aussi. L. a fait les premières foulées de galop monté d’Oulzi, en autonomie (Oulzi est la petite dernière née à Terre d’illich, dont j’ai fini le débourrage récemment).

Nous avons fait également de la peinture sur poneys avec des pigments et de la farine.

Mon premier stage enfants animé à Terre D’illich se clôture donc.

Merci aux parents, pour votre confiance.

Merci aux enfants, pour leur courage.

Ce fût une magnifique aventure pour moi de faire enfin un stage avec les chevaux qui colle à mon projet. Ces 5 jours ont été très riches, et m’ont permis de poser des bases à améliorer et sur lesquels travailler pour mes prochains stages…

Une pensée particulière aux Foal Spirit : la lionne, la fée et le guerrier.